Travail de deuil, de mémoire, refuser l'oubli ou exposer voire revendiquer le "sacrifice" des "braves", le deuil des communautés s'afficha au lendemain de la guerre. Les monuments aux morts sont la manifestation de celui des communes mais d'autres groupes sociaux s'exprimèrent : plaques, stèles ou autre dans les lieux de culte, sur les lieux de travail, dans les stades, les milieux associatifs sont autant de traces qui nous montrent la richesse des liens sociaux avant la guerre mais aussi les douloureux vides créés.


Tel est le cas de l'Harmonie de Lillebonne, "Les Enfants de Lillebonne".

Au musée communal, on peut voir cette plaque mémorielle :

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Musée municipal de Lillebonne

Une carte postale de 1908 nous montre que cette harmonie comptait au moins une quarantaine de membres.

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Collection musée municipal de Lillebonne

Sur une photo de 1922, on dénombre 28 membres, dont des enfants.

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Collection Musée municipal de Lillebonne

Une illustration du vide engendré par le conflit ? Les effectifs de l'harmonie ont fortement diminué et même si d'autres facteurs, non connus, ne doivent pas être négligés, on peut y voir l'impact du décès de ses 15 membres durant la première guerre mondiale.

Un autre élément peut être évoqué. Evoqué seulement car les sources manquent pour établir des réalités.
Au sein de l'harmonie, les hommes dont le nom est inscrit sur la plaque apprirent à jouer d'un instrument, interpréter une partition, à vivre un plaisir commun. Ils participèrent à des concerts, furent applaudis, gagnèrent même 3 prix au concours de Bolbec le 12 juillet 1908.
Musiciens, reconnus comme tels par l'administration militaire (l'appartenance à une harmonie faisait partie des renseignements fournis par les mairies lors des recensements pour la conscription) ils ont pu appartenir à la Musique de leur unité. Certains furent affectés dans le même régiment. Ceux-là ont-ils pu à un moment rester ainsi unis, retrouver un peu de quiétude, de sérénité, grâce à la musique dans ces tragiques moments ? Cela reste une hypothèse.

Ces musiciens de 1922 ont probablement fait partie de ceux qui ont joué pour leurs camarades décédés lors de l'inauguration du monument aux morts de Lillebonne. Six des leurs sont inhumés dans la crypte de ce monument.
Une autre dimension non évaluable, impalpable : l'émotion.

La seule réalité solide est que les musiciens qui composaient cette harmonie après la guerre ont voulu rendre hommage à leurs 15 compagnons morts durant le conflit. Ces hommes de chair et de sang, pères, époux, fils, ouvriers, employés ou autre étaient aussi musiciens, la lyre est là pour le rappeler. Des hommes de sensibilité inscrits dans une relation sociale.


Merci à M Didier Hébert, Conservateur du Musée Municipal de Lillebonne, pour les documents aimablement communiqués.

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