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Ordre n°43 du général Joffre, 23 septembre 1915

Combien de pommiers ont entendu cet ordre le matin du 25 septembre 1915 ? La plupart sans doute, il leur a été lu avant de se lancer à l'assaut à l'heure H : 9h15 en Champagne, 12h25 en Artois. Ce 25 septembre 1915, combien, après avoir entendu le canon, pendant 3 jours, annonciateur de grande offensive, s'élancèrent et moururent ou furent blessés dès les premiers instants ?
Tous les régiments normands étaient sur l'un ou l'autre de ces deux fronts, le recrutement était encore régional, ce qui explique que tant de pommiers furent tués, blessés ou disparurent ce jour et les suivants car ces deux offensives concomitantes furent, après celles de l'hiver et du printemps, des plus meurtrières.
Le Bois de la Folie, Neuville Saint Vaast, Souchez, Perthes les Hurlus, Tahure, Souain, Massiges... tous ces noms déjà sinistrement connus et qui le furent encore par la suite.
Combien de pommiers sont tombés ? Pour l'instant 112 ont été recensés, tués ou disparus, soit près de 10% des hommes décédés de faits de guerre originaires du secteur des pommiers.
Les premières victimes furent des territoriaux du 24e RIT, avant même que ne débute l'offensive. Remplaçant les troupes d'active dans les tranchées de premières lignes, afin que celles-ci se préparent. : Oscar Maraine de Lillebonne, Charles Diguet et Adrien Patout de Bolbec.

Puis vint le jour J. A titre d'exemple du carnage que fut cette journée  :
Ce 25 septembre le 403e RI, perdit à Ville sur Tourbe 130 hommes, 390 furent blessés, 280 disparurent. Parmi eux Emile et Léon Lecointre de Saint Gilles de Crétot, Eugène Comont de Gruchet le Valasse, et Louis Clatot de Bolbec.

JMO_403e_25sept1915_1 JMO du 403e RI au 25 septembre 1915JMO_403e_25sept1915_2

Plus de 250 hommes du 119e RI furent tués, au Bois de la Folie (source). Parmi eux Bernard Baudoin et Théodore Delalonde de Bolbec, Fernand Cahagne de Lillebonne et Gaston Brière de Saint Eustache la Forêt.

JMO_119e_25sept1915 JMO du 119e RI au 25 septembre 1915

La liste complète, si elle pouvait être constituée, serait longue et s'étirerait de jours en jours jusqu'au 13 octobre pour l'Artois, date officielle de l'arrêt de l'offensive, et le 1er novembre pour la Champagne.

 

32 pommiers furent inhumés dans les nécropoles nationales, principalement à la Targette et à Notre Dame de Lorette pour l'Artois et à Minaucourt, Somme-Suippe, et Jonchery, pour la Champagne.

 

Au moins 3 hommes furent inhumés dans leur commune d'origine : Ernest Doudement à Gruchet le Valasse, Pierre Marical à Lanquetot et André Beuzeboc à Saint Maurice d'Etelan.

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Tombe d'André Beuzeboc à Saint Maurice d'Etelan

Quant aux blessés il faudrait consulter l'intégralité des fiches de matricule des pommiers. Pour l'instant j'en ai recensé 27.

 

Un autre signe de la violence de cette offensive, le nombre d'hommes dont le décès fut fixé par jugement : 46, soit 41%. On retrouva le corps de 10 d'entre et ils furent inhumés en nécropole nationale ou à Saint Maurice d'Etelan pour André Beuzeboc. Les jugements furent rendus entre mars 1917 et décembre 1921.

 

Alors "Soldats de la République ! Allez y de plein coeur ". Jacques Le Petit, médecin au 129e RI écrivit dans son carnet, à la date du 28 septembre, à la Targette (Pas de Calais):

"Dans la nuit du 27 au 28, nous avons quitté le secteur en désordre, traversant la plaine couverte de cadavres. On a regroupé les débris du régiment à quelques kilomètres en arrière. On a fait demi-tour et on n'est reparti que le 29 à 3 heures du matin dans la boue et l'eau jusqu'aux genoux pour arriver à la Targette ; nous y restons, cachés en réserve dans l'eau des boyaux et transis de froid derrière des pans de murs, n'ayant pas dormi depuis sept jours et n'ayant mangé chaud qu'hier midi ; aussi est-ce charmant de recevoir dans cette situation des lettres où l'on vous dit : Comme cela a dû vous sembler bon de monter à l'assaut !"

 

En regardant au-dessus du parapet de la tranchée qui est un fossé d'eau, si ce geste ne vous a pas déjà valu une balle dans la tête, on peut en effet admirer "comme cela semble bon" de mourir dans la plaine sous les obus et la pluie ! Quant à ceux qui tombent dans les boyaux, ils sont achevés et enterrés petit à petit par le piétinement de ceux qui leur passent dessus."

 

Journal de Guerre de Jacques Le Petit 1914-1919, éditions Anovi, 2009