Alors qu'en est-il de ce trinôme ?

Que vient faire le goupillon là dedans ? C'est juste un parallèle : lorsque la notion "d'enseignement du fait religieux" est apparue dans les programmes scolaires, il y eut une levée de bouclier, ce qui a été bénéfique. Cela a permis de clarifier un point et de rassurer et affermir notre précieuse et fondamentale laïcité  : il ne s'agit pas d'enseigner la religion mais de présenter des faits historiques. Cela paraît tellement évident maintenant.

Alors l'étude de la première guerre mondiale, à l'école primaire, par le biais du monument aux morts, pourquoi pas ?  S'agit-il de faire rentrer le sabre à l'école ? Pas plus que le goupillon !

Trop souvent, quand on a le temps ou bien aux alentours du 11 novembre, on consacre une séance ou deux à ce fait historique, parce que c'est, très maigrement évoqué, dans les programmes (La violence du XX ème siècle : les deux conflits mondiaux. date : Verdun 1916, personnage : Clémenceau) .

On lit le paragraphe n°2 et 3 de la page 45 d'un manuel, quand on a la chance d'en avoir un. On regarde et commente les illustrations (un poilu en pantalon rouge chargeant baïonnette au fusil, un autre en casque Adrian et masque à gaz dans les tranchées, une Alsacienne, un portrait de général, un monument aux morts et un raton laveur). On peut lire une lettre d'un poilu. On copie un résumé disant que la guerre a été terrible pendant 4 ans et qu'il y a eu un nombre astronomique de morts et blessés, nombre qui ne signifie rien pour les élèves.

Est-ce satisfaisant lorsqu'on a la chance d'avoir sous la main ce document qui permettrait aux élèves de construire une connaissance, de mener une réflexion, une analyse, de bâtir une synthèse... bref d'être non seulement actif dans la construction de son savoir mais aussi de le bâtir, ce qui est primordial, sur un élément de son environnement ?

A discuter par ci par là avec des collègues  quelques réticences émergent :

Le monument aux morts apparaît comme baignant dans un halo de patriotisme exacerbé, de nationalisme ou de glorification de la chose militaire. Rassurez-vous les croix de feu ont disparu depuis 74 ans. Investissez ce lieu qui est avant tout un lieu républicain mais aussi une trace locale d'un fait historique mondial.

Un autre élément qui chagrine beaucoup est la notion de « devoir de mémoire ». Je n' adhère pas à ce concept, si injonctif. Je lui préfère une notion qui serait plus proche d'un « droit à se construire un savoir historique ».

Car l'enjeu est là : construire puis s'approprier un savoir.

Et voilà une excellente situation-problème : Si l'on demandait aux élèves ce qu'est un monument aux morts des réponses très étonnantes fuseront, même après une séance sur 1914-1918 : une tombe, une tombe d'enfants, un endroit pour les enfants, un monument de la guerre, pour se souvenir de la guerre... pratiquement jamais aucune allusion à la fonction première d'un monuments aux morts : la liste des noms des hommes victimes du conflit.

Clin d'oeil pédagogique aux fondateurs du Groupe Français d'Education Nouvelle (furent entre autres membres de ce groupe entre les deux guerres : Piaget, Wallon, Langevin...), initiateurs de la situation-problème, qui en 1922 ont créé ce mouvement, au sortir de la guerre, espérant préparer « chez l'enfant non seulement le futur citoyen capable de remplir ses devoirs envers ses proches et l'humanité dans son ensemble, mais aussi l'être humain conscient de sa dignité d'homme ». 

 

Bouleverser la représentation socio-cognitive, confronter ses idées, déconstruire pour mieux reconstruire... tout un programme !