Armand inscrit dans la mémoire
Le 11 novembre 2010, j'écrivais un billet pour Armand.
Armand, Oscar, Alphonse Lachèvre, un tout jeune homme de 20 ans, décédé le 12 mars 1916 des suites de ses blessures. Enfant de l'assistance publique, je m'interrogeais sur pourquoi son nom n'était pas inscrit sur le monument aux morts de Saint Laurent de Brévedent, s'il avait encore de la famille, si elle avait été prévenue... si... si...
Beaucoup de questions sans réponses ; un pincement au coeur pour ce bleuet pris, broyé et oublié.
Il y a quelques jours un grand moment d'émotion : Armand n'est plus seul !
Patrice, son petit-neveu, au gré de recherches généalogiques, l'a retrouvé. "...après 96 ans de solitude, quelqu'un de sa famille l'a fait sortir de l'oubli." a écrit Patrice. Armand est maintenant entré dans une mémoire, la plus fondamentale celle de sa famille.
J'imagine, Patrice ce que dut être votre émotion lorsque vous êtes allé vous recueillir sur la tombe d'Armand et je vous remercie de nous faire partager ce moment, par cette photo.
Merci Patrice d'avoir écrit ce commentaire si touchant. Merci de nous faire partager votre émotion.
La classe 1914 : le conseil de révision
Le conseil de révision était une étape importante dans la vie des jeunes gens. On peut trouver sur le site d'Arnaud Carrobbi, le parcours du combattant de la guerre 1914-1918, tous les éléments concernant les opérations de recensement et le conseil de révision, inutile donc de faire des redites et intéressons nous directement à nos jeunes Pommiers.
1-L'itinéraire de 1914
Archives Départementales de la Seine Maritime, 1R 2146
De cet itinéraire, on peut tirer des renseignements importants. Outre l'ordre des cantons visités (bien utile pour retrouver les fiches de matricule d'un canton), s'y trouvent les dates, heures et lieux de tenues des conseils. On trouve aussi le nombre de jeunes gens devant être visités (inscrits de la classe 1914 et ajournés des classes précédentes) et encore l'heure de départ du train devant ramener les conseillers, qui permettent d'évaluer grossièrement la durée de ces conseils, car malheureusement pour les cantons qui nous intéressent l'heure exacte de la levée de séance n'a pas été notée sur les comptes-rendus.
Nous pouvons donc déjà établir les données suivantes concernant nos pommiers :
2 - Vite ! "Au suivant" !
Un élément ressort rapidement de ces données : la brièveté des séances du conseil. Pour Lillebonne un horaire possible de départ est 12h26, départ de la gare de Lillebonne, soit 2h26 après l'ouverture de la séance ; au plus tard 15h28, soit 5h28 après l'ouverture. rapporté au nombre de jeunes gens à visiter, cela fait au mieux 2mn30 par jeune homme. Le rapport sur les opérations de l'appel des jeunes gens de la classe 1914 (AD 76 1R 2147) indique une durée moyenne de 3h30 pour un nombre moyen d'hommes visités de 162...
La rapidité de ces visites n'est pas une nouveauté, il faudrait pouvoir comparer avec les données d'autres classes. On peut justement se demander si le temps était suffisant pour pouvoir juger correctement de l'aptitude d'un jeune homme au service militaire.
3 - "Ajournés et exemptés "
Le cas de la classe 1914 (ainsi que celle de 1913) est peut-être un peu particulier. Ces deux classes ont été les premières à relever de la loi du 7 août 1913, dite loi des 3 ans. Les jeunes gens devant se présenter devant le conseil de révision n'avaient pas, pour beaucoup, atteint l'âge de 20 ans (au lieu de 21 ans pour les classes précédentes). Une des craintes des autorités était d'incorporer de jeunes hommes n'ayant pas encore une maturité physique suffisante. Les conseils de révision furent donc fortement incités à utiliser de l'ajournement en cas de doute. Les hommes ajournés ou exemptés devant passer ultérieureurement devant des commissions médicales spéciales ou la commission de réforme, commissions où les militaires avaient une place plus importante.
Ce télégramme du ministère de la guerre, daté du 10 mars 1914 et adressé aux préfets, le montre.
Sous l'oeil expert d'un médecin militaire, jaugeant la corpulence des hommes, la décision d'ajournement pour faiblesse pouvait être rapidement prise. Ceux qui souffrant d'une infirmité visible ou ceux munis d'un dossier médical pouvaient aussi être vite orientés vers une seconde visite effectuée lors des commissions ultérieures. Ne restait plus alors à examiner que les hommes pouvant être en apparence classés "bon pour le service". (il est à noter que le fait qu'au final, ce soit les commissions qui avaient le dernier mot et non le conseil de révision en lui même, ne fut pas très populaire, ni auprès des hommes visités ni auprès des élus, comme le montre certains rapports de préfets que l'on trouve dans les fonds 1R 2143 et 45).
Que furent les résultats pour les cantons de Lillebonne, de Bolbec et de Caudebec en Caux ?
Sur les 3 cantons 424 jeunes hommes étaient inscrits, 419 furent pris en compte. 179 furent ajournés, exemptés ou renvoyés devant une commission, soit 42,72% de la cohorte.
Les données concernant les commissions de réforme se trouvent dans le fond 1R2147 des archives départementales. Pour les cantons des pommiers elles eurent lieu les 14 et 15 mai et 22 juin 1914.
114 ajournés et 81 exemptés devaient s'y présenter (à noter la différence avec les données du Conseil de Révision, différence que je n'explique pas encore.).
Seuls 11 ajournés virent leur statut évoluer : 3 bons absents, 6 bon service armé, 1 service auxiliaire et 1 devint exempté. Sur les 11 exemptés, 1 fut classé bon absent, 7 devinrent ajournés, 3 service auxiliaire.
Le conseil de révision ne fut pas vraiment déjugé puisque, hormis les bons absents, la modification du statut ne concerne qu'environ 10% des hommes passés par la commission de réforme.
Le "rapport sur les opérations de l'appel" et le "compte numérique et sommaire" (AD 76 1R2147) établis les 8 et 9 juillet 1914, offrent une synthèse finale. Pour nos 3 cantons, 416 jeunes hommes furent maintenus sur les tableaux, 73 furent exemptés, 103 ajournés, 210 classés service armé, 19 service auxiliaire, 7 engagés, 4 obtinrent un sursis.
Au total 57,69% de la cohorte des 3 cantons fut donc considérée comme apte à faire un service armé ou auxiliaire. Le taux pour la Seine Inférieure est de 64,24%. La différence est conséquente, il faudrait une étude très fine de l'ensemble des données pour éventuellement en connaître la cause.
Il est possible d'établir une comparaison partielle avec les 2 classes précédentes. En effet, à l'automne 1913, alors que la loi du 7 août 1913 entrait pour la première fois en application pour la classe 1913, les opérations de recensement et des conseils de révision furent observées de près par les autorités. Le ministre de la guerre réclama, le 23 septembre 1913, un état comparatif des classes 1912-1913. Les opérations n'étaient pas encore terminées et le rapport du préfet de la Seine Inférieure ne traite que 29 cantons sur 55 (les 3 cantons qui nous intéressent n'en font pas partie).

Archives départementales de la Seine Maritime 1R 2143
L'écart entre 1912 et 1913, pour le classement service armé était déjà conséquent, pour nos 3 cantons en 1914 il est encore plus important, puisque le taux de jeune homme classé service armé n'est plus que de 52,64% (compris engagés et sursitaires).
Quant au service auxiliaire, il représente en 1914, pour nos 3 cantons, 5,04%.
4 - Non conclusion... encore et toujours des interrogations.
La loi des 3 ans a-t-elle eu cet effet de diminuer le nombre de jeunes hommes de la classe 1914 disponibles pour le service armé ou auxiliaire ? En nombre absolu voici la situation en 1913 (rapport du préfet au ministre de la guerre du 14 novembre 1913, AD 76, 1R 2143) :
Et celle en 1914 (rapport sur les opérations d'appel de la classe 1914, AD 76 1R 2147) :
Le nombre d'hommes potentiellement mobilisables est plus faible en 1914, les ajournements et exemptions sont supérieurs tant en nombre qu'en pourcentage. (à noter que les pourcentages pour la classe 1913 diffèrent de ceux annoncés dans un précédent rapport).
Est-ce le phénomène "recours à l'ajournement" lié à l'immaturité physiologique des jeunes hommes de la classe 1914, qui étaient encore plus jeunes que ceux de la classe 1913, qui a entraîné cette baisse ?
L'état sanitaire de la classe 1914 était-il à ce point faible ?
Bon tout ce blabla aurait été certainement plus agréable avec des tableaux, mais voilà la forme blog ne le permet pas.
Prochain épisode de la classe 1914 : les apports sociologiques des rapports des conseils de révision et des fiches matriculaires !
Un 11 novembre pour Armand
Armand, ton nom n'a jamais été prononcé lors d'une cérémonie du 11 novembre. Et pour cause il n'est inscrit sur aucun monument aux morts.
Est-ce parce qu'enfant de l'assistance publique personne ne s'est jamais soucié de faire passer ton souvenir comme on a fait passer celui de tant d'autres de tes pairs dans la douleur, mais dans la douleur seulement ?
Avais-tu des frères et des soeurs ? Ont-ils su ce que fut ta triste fin ? Tes parents étaient-ils encore vivants ? Ont-ils été prévenus ? Qui a reçu ta médaille militaire ? Qui a lu la citation qui l' accompagnait ? Le secrétaire de mairie de Saint-Laurent de Brèvedent fut-il le seul à lire ton nom accompagné de la mention "Mort pour la France" ?
Tu reposes maintenant à Pontavert. Tes 20 ans tu les as à peine vécus.
Alors Armand aujourd'hui pour toi et pour tous les autres oubliés, refusés, une petite pensée.
Armand Alphonse Oscar Lachèvre
Né le 9 août 1895 à Bolbec
Mort des suites de ses blessures à Sissonne le 12 mars 1916
Soldat au 276e RI
25 septembre 1915 : Soldats de la République !

Ordre n°43 du général Joffre, 23 septembre 1915
Combien de pommiers ont entendu cet ordre le matin du 25 septembre 1915 ? La plupart sans doute, il leur a été lu avant de se lancer à l'assaut à l'heure H : 9h15 en Champagne, 12h25 en Artois. Ce 25 septembre 1915, combien, après avoir entendu le canon, pendant 3 jours, annonciateur de grande offensive, s'élancèrent et moururent ou furent blessés dès les premiers instants ?
Tous les régiments normands étaient sur l'un ou l'autre de ces deux fronts, le recrutement était encore régional, ce qui explique que tant de pommiers furent tués, blessés ou disparurent ce jour et les suivants car ces deux offensives concomitantes furent, après celles de l'hiver et du printemps, des plus meurtrières.
Le Bois de la Folie, Neuville Saint Vaast, Souchez, Perthes les Hurlus, Tahure, Souain, Massiges... tous ces noms déjà sinistrement connus et qui le furent encore par la suite.
Combien de pommiers sont tombés ? Pour l'instant 112 ont été recensés, tués ou disparus, soit près de 10% des hommes décédés de faits de guerre originaires du secteur des pommiers.
Les premières victimes furent des territoriaux du 24e RIT, avant même que ne débute l'offensive. Remplaçant les troupes d'active dans les tranchées de premières lignes, afin que celles-ci se préparent. : Oscar Maraine de Lillebonne, Charles Diguet et Adrien Patout de Bolbec.
Puis vint le jour J. A titre d'exemple du carnage que fut cette journée :
Ce 25 septembre le 403e RI, perdit à Ville sur Tourbe 130 hommes, 390 furent blessés, 280 disparurent. Parmi eux Emile et Léon Lecointre de Saint Gilles de Crétot, Eugène Comont de Gruchet le Valasse, et Louis Clatot de Bolbec.
JMO du 403e RI au 25 septembre 1915
Plus de 250 hommes du 119e RI furent tués, au Bois de la Folie (source). Parmi eux Bernard Baudoin et Théodore Delalonde de Bolbec, Fernand Cahagne de Lillebonne et Gaston Brière de Saint Eustache la Forêt.
JMO du 119e RI au 25 septembre 1915
La liste complète, si elle pouvait être constituée, serait longue et s'étirerait de jours en jours jusqu'au 13 octobre pour l'Artois, date officielle de l'arrêt de l'offensive, et le 1er novembre pour la Champagne.
32 pommiers furent inhumés dans les nécropoles nationales, principalement à la Targette et à Notre Dame de Lorette pour l'Artois et à Minaucourt, Somme-Suippe, et Jonchery, pour la Champagne.
Au moins 3 hommes furent inhumés dans leur commune d'origine : Ernest Doudement à Gruchet le Valasse, Pierre Marical à Lanquetot et André Beuzeboc à Saint Maurice d'Etelan.
Tombe d'André Beuzeboc à Saint Maurice d'Etelan
Quant aux blessés il faudrait consulter l'intégralité des fiches de matricule des pommiers. Pour l'instant j'en ai recensé 27.
Un autre signe de la violence de cette offensive, le nombre d'hommes dont le décès fut fixé par jugement : 46, soit 41%. On retrouva le corps de 10 d'entre et ils furent inhumés en nécropole nationale ou à Saint Maurice d'Etelan pour André Beuzeboc. Les jugements furent rendus entre mars 1917 et décembre 1921.
Alors "Soldats de la République ! Allez y de plein coeur ". Jacques Le Petit, médecin au 129e RI écrivit dans son carnet, à la date du 28 septembre, à la Targette (Pas de Calais):
"Dans la nuit du 27 au 28, nous avons quitté le secteur en désordre, traversant la plaine couverte de cadavres. On a regroupé les débris du régiment à quelques kilomètres en arrière. On a fait demi-tour et on n'est reparti que le 29 à 3 heures du matin dans la boue et l'eau jusqu'aux genoux pour arriver à la Targette ; nous y restons, cachés en réserve dans l'eau des boyaux et transis de froid derrière des pans de murs, n'ayant pas dormi depuis sept jours et n'ayant mangé chaud qu'hier midi ; aussi est-ce charmant de recevoir dans cette situation des lettres où l'on vous dit : Comme cela a dû vous sembler bon de monter à l'assaut !"
En regardant au-dessus du parapet de la tranchée qui est un fossé d'eau, si ce geste ne vous a pas déjà valu une balle dans la tête, on peut en effet admirer "comme cela semble bon" de mourir dans la plaine sous les obus et la pluie ! Quant à ceux qui tombent dans les boyaux, ils sont achevés et enterrés petit à petit par le piétinement de ceux qui leur passent dessus."
Journal de Guerre de Jacques Le Petit 1914-1919, éditions Anovi, 2009
4-5 septembre 1916 : Le tunnel de Tavannes
Il y a exactement 94 ans, dans la nuit du 4 au 5 septembre 1916 une explosion, suivie d'un incendie, provoqua la mort de plus de 1000 hommes au Tunnel de Tavannes. Parmi eux des hommes du 24e RIT, régiment des territoriaux havrais, dont 19 originaires du secteur des pommiers.
Le tunnel de Tavannes était un tunnel ferroviaire, à l'Est de Verdun, à proximité du fort de Tavannes, qui servait d'abri, de dépôt de munitions, de poste de secours...
Les conditions d'hygiène et de sécurité étaient épouvantables, un accident ne pouvait que provoquer une telle hécatombe. Le nom des 193 hommes du 24e RIT a été noté dans le Journal des Marches et des Opérations du régiment.
Parmi eux les hommes originaires du secteur des pommiers :
Aupert Henri Alexandre, né à Bernières, le 26/01/1878, caporal à la 5e Cie
Chevallier Emile Léopold, né à Foucart, le 04/09/1873, soldat à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Lanquetot
Coesme André Adolphe, né à Bolbec, le 13/04/1880, soldat clairon à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Graville Sainte Honorine
Couturier Léon Adolphe, né à La Frenaye le 14/04/1876, soldat à la 6e Cie
Decure Georges Ernest, né à Bolleville le 22/10/1877 , soldat à la 5e Cie
Drouin Georges Louis, né à Bolbec le 20/05/1872, soldat à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Bolbec
Foldrain Charles Albert, né à la Frenaye le 02/02/1872, soldat à la 6e Cie, inscrit sur le MAM de Lillebonne
Follet Robert Jules Jean, né à Bolbec le 13/11/1877, caporal à la 5e Cie,
Fondimare Alcide Marcel, né à Saint Arnoult le 20/09/1874, soldat à la 6e Cie, inscrit sur le MAM de Lintot
Gaillard Ernest Jules, né à Saint Eustache la Forêt le 07/03/1874, soldat à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Saint Eustache la Forêt
Goulon Georges Jules, Né à Rouville, le 21/12/1873, soldat à la 6e Cie, il décéda le 10/09/1916 probablement à une ambulance de Dugny
Héricher André Auguste, né à Anquetierville le 01/10/1878, caporal à la 5e Cie, inscrit sur le MAM d'Anquetierville
Laroche Henri Georges, né à Saint Jean de Folleville le 08/05/1877, sergent à la 6e Cie
Leprince Paul Alexandre, né à Bolbec le 03/05/1875, soldat à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Bolbec
Lomet Théophile Georges, né le 17/10/1875 à Beuzevillette, soldat à la 6e Cie
Malet Jean Victor, né le 05/09/1916 à Raffetot, soldat à la 5e Cie
Mauconduit Ursin Georges, né à Mélamare, le 20/02/1876, soldat à la 6e Cie, décédé le 10/09/1916 à l'ambulance 3/64
Ruby Edouard Armand, né le 20/07/1873 à la Frenaye, soldat à la 5 Cie, inscrit sur les MAM de La Frenaye et de Lillebonne
Séry Paul Eugène, né le 10/01/1873 à Saint Antoine la Forêt, soldat à la 5e Cie, inscrit sur le MAM de Saint Antoine la Forêt
Tous ces hommes appartenaient aux 5e et 6e compagnies du 24e RIT, qui étaient affectées ce jour au tunnel, en remplacement des 1ère et 4e Cie. De ces 2 compagnies seuls une quarantaine d'hommes échappèrent à la catastrophe car "partis pour le travail.".
Les corps de ces hommes ne furent probablement pas identifiés. Ils furent très certainement inhumés dans des fosses creusées à proximité du tunnel et évoquées dans les JMO des services de santé des 67e, 73e et 74e divisions d'infanterie. Il est probable que les dépouilles reposent maintenant dans l'ossuaire de Douaumont.
Je reviendrai sur ce drame ultérieurement.
Lire, écrire, ...
Au conseil de révision, le niveau d'instruction était évalué. Comment ? Mystère, probablement succinctement.
Il y avait 5 niveaux d'instruction (les termes ci dessous sont ceux utilisés dans le compte rendu sur le recrutement de l'armée de 1907) :
0 : ne sachant ni lire ni écrire
1 : sachant lire seulement
2 : sachant lire et écrire
3 : ayant une instruction primaire plus développée
4 : ayant obtenu le brevet de l'enseignement primaire (S'agit-il du brevet de capacité à l'enseignement primaire ?)
5 : bachelier ès lettres, bacheliers ès sciences et bacheliers de l'enseignement secondaire spécial
Selon les données de ce compte rendu, les hommes ayant le niveau 3 et plus représentaient, pour l'année 1907 :
niveau national : 67,12% des "jeunes gens maintenus sur les tableaux de recensement"
Seine Inférieure : 75,95 %
Pour l'instant la base de fiches de matricule, concernant les conscrits du secteur pour l'année 1907, est insuffisante pour établir une comparaison.
On peut juste tirer les données suivantes des 168 fiches indiquant le niveau d'instruction (hommes nés entre 1874
et 1898) :
Niveau 0 : 17, soit 10,12 %
Niveau 1 : 6, soit 3,57 %
Niveau 2 : 34, soit 20,23 %
Niveau 3 : 110, soit 65,47 %
Niveau 4 : 0
Niveau 5 : 1, soit 0,59 %
Les conscrits nés en 1874, avaient 8 ans lorsque la loi sur l'obligation scolaire a été promulguée ; ils avaient atteint à 89,47 % le niveau 3. (cohorte de 19 conscrits).
Ceux nés en 1887 (cohorte de 21 conscrits) n'étaient plus que 52,38 % à avoir atteint ce niveau.
Ceux nés en 1883 et 1890 (cohorte de 18 chaque) étaient 77,77 %.
Le nombre d'éléments dans chaque groupe est pour l'instant trop faible pour en tirer des conclusions, surtout en ne sachant pas quelles étaient les modalités d'évaluation et leur éventuelle évolution.
Affaire à suivre donc...
"Pas grand pour un normand"...
1,63 m, voilà la taille moyenne d'un "pommier" à 20ans. (173 fiches de matricule traitées).
Le plus petit mesurait 1,51 m, le plus grand 1,82.
Les fiches de matricule indiquent la taille mesurée lors du conseil de révision. On peut comparer ce nombre avec ceux donnés dans cet article : L'évolution de la taille des polytechniciens (1801-1954), in Population, 13e année, n°3, 1958.
Page 400 on y trouve un tableau des tailles moyennes de l'ensemble des conscrits pour différentes périodes :
1886-1890 : 1,647
1891-1900 : 1,647
1906 : 1,653
1912 : 1,665
La base des 173 fiches ne permet de comparer que pour la période 1891-1900 et l'année 1912 :
1891-1900 : 1,635
1912 : 1,631
Ces normands semblent donc avoir été un peu plus petits que la moyenne nationale. La base de fiches n'est peut-être pas suffisante pour pouvoir établir une comparaison.
Ne pas oublier qu'il s'agit de la taille à 20 ans, et non pas une taille définitive pour tous.
Le conscrit cauchois n'avait donc rien d'une armoire mais ne ressemblait pas pour autant à un confiturier. (Merci à Vincent pour le titre...)























